Depuis plus de 75 ans, l’envoi d’humains sur Mars alimente les rêves et les études. Entre 1950 et 2000, plus de 1 000 projets de missions habitées ont été imaginés par la NASA, l’industrie ou des passionnés. Pourtant, aucun n’a jamais vu le jour. La raison est simple : toutes ces missions étaient conçues dans un monde où la masse était une contrainte absolue, les rendant irréalisables en pratique.
L’ère des contraintes de masse : des missions théoriques, mais irréalistes
À l’époque, les coûts de lancement astronomiques imposaient une règle immuable : minimiser la masse envoyée dans l’espace. Les concepts misaient sur des technologies complexes et risquées : propulsion thermique nucléaire (NTP), utilisation des ressources in situ (ISRU) pour produire du carburant sur Mars, et recyclage extrême des déchets. Même l’atterrissage de charges lourdes était un défi insurmontable. Le paramètre clé, la « masse initiale en orbite basse » (IMLEO), dictait chaque choix. Résultat : des missions brillantes sur le papier, mais trop coûteuses, trop risquées, et finalement inapplicables. Mars restait un rêve inaccessible.
Starship : un changement de paradigme
Avec SpaceX et son vaisseau Starship, les règles du jeu changent. La baisse radicale des coûts de lancement permet d’envisager une nouvelle approche : utiliser la masse comme un atout, plutôt que comme une contrainte. Starship, capable de transporter 100 tonnes vers Mars, rend possible des scénarios impensables il y a encore peu. La propulsion chimique remplace les solutions trop complexes, et les obstacles politiques liés au nucléaire sont évités. SpaceX affirme même pouvoir atterrir des charges massives sur Mars – une promesse qui reste à concrétiser.
Une méga-mission ambitieuse, mais risquée
SpaceX imagine une mission d’envergure : un Starship habité effectuant l’aller-retour complet entre la Terre et Mars. Pour le voyage de retour, il faudrait produire 1 200 tonnes de propergols sur place, à partir du CO₂ et de l’eau martienne. Cela impose de cibler des sites riches en eau, comme les latitudes autour de 40°N, peu propices à une installation durable. Surtout, la présence d’eau en quantité suffisante n’est pas garantie, ce qui ajoute une incertitude majeure.
Une alternative plus réaliste : la mission modérée
Une autre approche est possible : apporter 18 tonnes d’eau depuis la Terre pour produire 40 tonnes de propergols, en combinant cette eau avec le CO₂ martien. En ajoutant 60 tonnes d’eau pour le support vie, on élimine le besoin de recyclage complexe des déchets, un casse-tête bien connu de la Station Spatiale Internationale. Cette solution offre une liberté inédite : choisir un site d’atterrissage presque n’importe où sur Mars, y compris à l’équateur, sans dépendre des ressources locales.
Mars à portée de main ?
Starship pourrait enfin rendre une mission habitée vers Mars réaliste, en misant sur la simplicité et l’abondance plutôt que sur la complexité. Reste à prouver que le vaisseau tiendra ses promesses, et que l’eau martienne – ou son absence – ne deviendra pas le prochain obstacle.
Et toi, comment imagines-tu la première mission habitée vers Mars ? Penses-tu que Starship sera la clé, ou d’autres innovations émergeront-elles ?


