La société Gemini Space Station Inc., fondée en 2014 par les milliardaires Cameron et Tyler Winklevoss, franchit une étape majeure en annonçant son introduction en Bourse sur le Nasdaq sous le symbole GEMI. Cette entrée sur les marchés publics, prévue après le dépôt de son document S-1 vendredi, intervient dans un contexte où les sociétés crypto bénéficient d’un vent favorable réglementaire et d’un engouement renouvelé pour les actifs numériques – mais aussi alors que Gemini accumule des pertes financières abyssales.
Un géant crypto en quête de légitimité boursière
Gemini, basée à New York, est bien plus qu’un simple échange de crypto-monnaies. La plateforme propose :
- Un échange sécurisé pour le trading de Bitcoin, Ethereum et autres actifs.
- Gemini Dollar (GUSD), une stablecoin indexée sur le dollar américain.
- Une carte de crédit offrant des récompenses en crypto (jusqu’à 3 % en Bitcoin ou autres actifs).
- Des services de garde (custody) pour les institutionnels, une activité en forte croissance.
Avec cette IPO, les frères Winklevoss – connus pour leur conflit historique avec Mark Zuckerberg (Facebook) et leur investissement précoce dans Bitcoin – cherchent à consolider leur position dans un secteur de plus en plus concurrentiel, dominé par des acteurs comme Coinbase et Binance.
Des chiffres alarmants : des pertes qui s’aggravent
Les données financières révélées dans le S-1 sont préoccupantes :
- 2024 : 142,2 millions de dollars de chiffre d’affaires, mais 158,5 millions de dollars de pertes nettes.
- Premier semestre 2025 : 67,9 millions de dollars de revenus… contre 282,5 millions de dollars de pertes !
Cette hémorragie financière s’explique par :
- Des coûts opérationnels élevés, liés à la sécurité, la conformité réglementaire et les investissements technologiques.
- Un marché crypto volatile, qui a pesé sur les revenus liés aux transactions.
- Des dépenses marketing et juridiques accrues, notamment pour se différencier face à la concurrence.
Pourtant, Gemini mise sur l’assouplissement réglementaire aux États-Unis, où l’administration Trump a adopté une position pro-crypto, et sur l’adoption croissante des actifs numériques par les institutionnels.
Un timing stratégique, mais risqué
Gemini n’est pas la seule à sauter le pas :
- Circle, émettrice de l’USDC (2e stablecoin mondiale), a levé 1,2 milliard de dollars en juin 2025. Son action a explosé de 168 % dès le premier jour, passant de 31 aˋ83à 83.
- Bullish, l’échange dirigé par l’ancien patron du NYSE Tom Farley, a récolté 1,1 milliard de dollars début août. Son cours a plus que doublé, de 37 aˋ118à 118 en quelques jours.
Ces introductions réussies montrent que les investisseurs sont prêts à parier gros sur le secteur crypto, malgré ses risques intrinsèques.
Pourquoi Gemini ose-t-il se lancer malgré les pertes ?
Un marché en plein boom :
- Les ETF Bitcoin ont attiré des milliards de dollars en 2024-2025.
- Les stablecoins (comme GUSD) sont de plus en plus utilisées pour les paiements et les transferts internationaux.
- Les régulateurs américains (SEC, CFTC) adoptent une approche plus favorable, après des années de répression.
Une stratégie de croissance agressive :
- Gemini mise sur l’expansion internationale, notamment en Europe et en Asie.
- La société développe de nouveaux produits financiers, comme des prêts garantis par crypto et des services de staking.
- Les frères Winklevoss parient sur l’effet réseau : plus Gemini attire d’utilisateurs, plus ses revenus (commissions, services premium) augmenteront.
Un besoin urgent de liquidités :
- Les pertes répétées menacent sa trésorerie.
- Une IPO réussie permettrait de financer l’innovation et d’acquérir des concurrents plus petits.
Les défis qui attendent Gemini
Malgré l’optimisme ambiant, plusieurs risques pèsent sur son introduction en Bourse :
- La concurrence féroce : Coinbase, Kraken et Binance dominent le marché.
- La régulation toujours incertaine : un retour de bâton des autorités pourrait faire chuter le cours.
- La volatilité des crypto-monnaies : une nouvelle baisse des prix (comme en 2022) aurait un impact direct sur ses revenus.
Exemple inquiétant : Après son IPO en 2021, Coinbase avait vu son action s’effondrer de 80 % en un an, avant de rebondir en 2024. Gemini pourrait connaître un sort similaire si le marché se retourne.
Que peut-on attendre de cette IPO ?
Les analystes sont divisés :
- Les optimistes estiment que Gemini pourrait répéter le succès de Circle et Bullish, avec une forte demande des investisseurs retail et institutionnels.
- Les sceptiques craignent que les pertes massives n’effraient les actionnaires, limitant la hausse du cours.
Scénarios possibles :
✅ Succès : Si l’engouement pour les crypto se maintient, GEMI pourrait doubler ou tripler sa valorisation dès les premiers jours.
❌ Échec : Si les marchés se retournent, l’action pourrait chuter rapidement, comme ce fut le cas pour d’autres introductions tech surévaluées.
Les Winklevoss, des visionnaires ou des joueurs audacieux ?
Avec cette IPO, Cameron et Tyler Winklevoss réaffirment leur foi dans l’avenir des crypto-monnaies. Mais après plus d’une décennie de pertes, la pression est immense :
- Doivent-ils prouver que Gemini peut être rentable ?
- Parviendront-ils à convaincre les investisseurs traditionnels que leur modèle est viable ?
- Leur réputation de « pionniers » suffira-t-elle à soutenir le cours ?
Une chose est sûre : cette introduction en Bourse sera un test crucial pour l’ensemble du secteur crypto. Si Gemini s’en sort bien, d’autres plateformes (comme Kraken ou Blockchain.com) pourraient suivre. En cas d’échec, le marché pourrait retomber dans le scepticisme.
Prochaines étapes à surveiller
- La date exacte de l’IPO (prévue dans les prochaines semaines).
- Le prix d’introduction (encore non révélé, mais probablement entre 20 et40et 40).
- La réaction des marchés dans les premiers jours de cotation.
À suivre de près : l’évolution du cours de GEMI, qui pourrait devenir le baromètre de la santé du secteur crypto en 2025. 📈💰


