Les responsables du secteur spatial civil européen proposent d’élargir la portée de leur initiative phare, IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), une constellation de 290 satellites conçue pour offrir des communications sécurisées, à faible latence et résilientes aux applications militaires, civiles et commerciales en Europe. Lors du Space Defense and Security Summit à Paris, le 17 septembre 2025, Nicolas Guillermin, chef d’équipe de la Commission européenne pour la sécurité, a répondu aux critiques qualifiant le programme de « trop tardif et trop petit ».
« Les bonnes choses prennent du temps, surtout lorsqu’il s’agit de souveraineté », a-t-il déclaré, soulignant que la constellation représente un « produit viable minimum », conçu pour évoluer. « Il sera possible d’ajouter des satellites ultérieurement afin de développer de nouveaux services en s’appuyant sur l’architecture existante », a-t-il précisé. Si les dirigeants européens sont satisfaits des performances initiales, le secteur privé pourrait poursuivre les investissements pour étendre la constellation.
Une maturité technique en progression
Laurent Jaffart, directeur de la connectivité et des communications sécurisées à l’Agence spatiale européenne (ESA), a détaillé les efforts pour améliorer les technologies sous-jacentes d’IRIS². Pour renforcer la résilience, l’ESA soutient :
- Le développement de terminaux de communication satellite multi-orbites et à faible coût.
- Des démonstrations technologiques pour réduire les risques liés aux satellites en orbite terrestre basse (LEO).
- La création d’une infrastructure de relais de données pour les satellites d’observation de la Terre.
L’ESA estime le coût de ces projets à environ 600 millions d’euros. « Nous cherchons à améliorer la résilience en termes de capacité et de débit, mais aussi à permettre une programmation des satellites en quasi-temps réel et une diffusion des données en temps réel », a expliqué Jaffart.
Le consortium SpaceRISE, mené par SES, Eutelsat et Hispasat, s’est engagé à financer 4,1 milliards d’euros sur un budget total de 10,6 milliards d’euros. L’ESA a déjà alloué 550 millions d’euros en 2022.
IRIS² : Un tremplin vers la 5G et la 6G
« IRIS² a été conçu pour replacer l’Europe à la pointe de l’industrie des communications par satellite », a affirmé Antonio Abad Martín, directeur technique de Hispasat. Les satellites d’IRIS², intégrés aux infrastructures terrestres, fonctionneront comme des nœuds 5G, gérés de manière similaire aux réseaux terrestres. Grâce à leur programmabilité, ils pourront être mis à niveau vers la 6G dès que la technologie sera disponible, a précisé Jean-Pierre Diris, coordinateur interministériel du CNES pour les communications gouvernementales.
La couche LEO d’IRIS² permettra également de « tester et comprendre le modèle économique du service direct aux appareils », a ajouté Abad Martín.
Une constellation souveraine, pas une méga-constellation
Contrairement à Starlink ou Kuiper, conçues pour le haut débit grand public, IRIS² se concentre sur les besoins gouvernementaux et européens. « IRIS² n’est pas une méga-constellation, mais une infrastructure pour notre souveraineté, la protection de nos données et la continuité des services », a insisté Diris. « L’Europe ne cherche pas à concurrencer les méga-constellations, mais à les compléter. »
Avec IRIS², l’Europe renforce sa résilience stratégique et sa capacité à innover dans un secteur spatial de plus en plus compétitif.


