Alors que la course à l’intelligence artificielle s’intensifie, Google accuse un retard notable face à Anthropic et OpenAI dans l’intégration de fonctionnalités clés de personnalisation et de contrôle des données au sein de son application Gemini. Ces outils, désormais incontournables pour les utilisateurs individuels et professionnels, transforment l’expérience des chatbots en rendant les interactions plus fluides, contextuelles et adaptées aux besoins spécifiques. Pourtant, là où ses concurrents ont rapidement déployé des solutions flexibles, Google adopte une approche plus mesurée, voire restrictive, suscitant des questions sur sa stratégie dans un marché ultra-compétitif.
1. Une personnalisation en demi-teinte
Google commence enfin à intégrer des fonctionnalités de personnalisation avancée, mais avec une prudence qui contraste avec l’audace de ses rivaux. La nouvelle option « Personal Context », déployée en priorité sur Gemini 2.5 Pro (et bientôt sur 2.5 Flash), permettra au modèle d’analyser les conversations passées pour affiner ses réponses. Contrairement à ses concurrents, cependant, Google ne donnera pas aux utilisateurs la possibilité de modifier ou de supprimer manuellement leurs préférences — une limitation qui pourrait freiner son adoption, surtout auprès des entreprises soucieuses de transparence et de maîtrise de leurs données.
Jusqu’à présent, les utilisateurs devaient guider explicitement le modèle vers des échanges antérieurs pour obtenir des réponses contextualisées (par exemple, en citant une conversation précédente). Avec « Personal Context », cette étape devient automatique, mais son activation par défaut — bien que désactivable — soulève des interrogations sur le consentement implicite et la protection de la vie privée. Comme l’explique Michael Siliski, directeur principal de la gestion des produits chez Gemini, cette évolution s’inscrit dans une volonté de rendre l’application « plus intuitive ». Pourtant, elle arrive un an après que des acteurs comme OpenAI ou Anthropic aient généralisé des mécanismes similaires, voire plus poussés.
2. Contrôle des données : des avancées, mais des limites persistantes
Google tente de rassurer en introduisant de nouvelles options pour limiter la rétention et l’exploitation des données :
- Temporary Chat : un mode de conversation éphémère, où les échanges ne servent ni à la personnalisation ni à l’entraînement des modèles. Une réponse directe aux demandes des utilisateurs souhaitant des interactions « sans trace ».
- Contrôles renforcés : les utilisateurs pourront désormais bloquer l’utilisation de leurs données pour améliorer les modèles de Google, une fonctionnalité alignée sur les standards du RGPD et des attentes croissantes en matière de souveraineté numérique.
- Gestion des historiques : les discussions sont conservées 72 heures par défaut (si l’enregistrement est désactivé), avec des options de suppression automatique après 3, 18 ou 36 mois — un progrès, mais moins granulaire que chez certains concurrents.
Ces mises à jour s’ajoutent à une précédente innovation permettant de sélectionner précisément quels fichiers (audio, vidéo, captures d’écran) partager avec Gemini. Malgré ces efforts, Google reste en retrait sur un point crucial : l’éditabilité des préférences, une fonctionnalité déjà offerte par OpenAI via son système de « mémoire » personnalisable.
3. Pourquoi ce retard ? Stratégie ou prudence excessive ?
Le déploiement progressif de Google s’explique peut-être par des enjeux réglementaires (notamment en Europe) ou une volonté d’éviter les controverses liées à la gestion des données. Pourtant, dans un écosystème où la mémoire contextuelle et l’adaptation aux habitudes deviennent des différentiateurs majeurs, cette lenteur pourrait coûter cher. Les utilisateurs — qu’ils soient particuliers ou entreprises — attendent des plateformes qu’elles comprennent leurs besoins sans effort répété, éliminant la nécessité de reformuler des instructions pour des projets récurrents.
Or, en laissant ses concurrents définir les standards de la personnalisation (comme la mémoire modifiable d’OpenAI ou les profils multi-utilisateurs d’Anthropic), Google risque de voir son avance technologique (notamment sur les modèles multimodaux) éclipsée par une expérience utilisateur moins agile. La question n’est plus seulement de performance brute, mais de flexibilité et de confiance — deux piliers sur lesquels Gemini devra rapidement se renforcer pour ne pas perdre son public.
4. Un terrain de jeu stratégique
La bataille de l’IA ne se joue plus seulement sur la puissance des modèles, mais sur leur capacité à s’intégrer naturellement dans les workflows quotidiens. La personnalisation n’est plus un bonus : c’est une exigence, surtout pour les professionnels qui veulent que l’IA reconnaisse leur marque, leurs préférences, ou leurs projets en cours sans friction. En cela, le retard de Google sur ces fonctionnalités pourrait se transformer en handicap concurrentiel, d’autant que les alternatives (comme Claude d’Anthropic ou ChatGPT) misent depuis longtemps sur une approche centrée utilisateur.


