Dans les salles blanches de Thales Alenia Space à Cannes, une mission cruciale pour l’avenir climatique entre dans sa phase décisive. Le satellite FLEX, véritable stéthoscope orbital de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), subit ses ultimes tortures avant de partir mesurer, pour la première fois depuis l’espace, la « respiration » végétale de notre planète.
C’est une course contre la montre invisible qui se joue actuellement sur la Côte d’Azur. Loin des tapis rouges de la Croisette, les ingénieurs de Thales Alenia Space (TAS) s’affairent autour d’un joyau technologique : le satellite FLEX (Fluorescence Explorer). Désigné maître d’œuvre du projet, le site cannois a la lourde responsabilité de valider l’intégralité du système avant son expédition vers le port spatial de l’Europe.
L’épreuve du feu (et de la glace)
Le satellite est actuellement en pleine phase AIT (Assemblage, Intégration et Tests). Concrètement, cela signifie que la plateforme satellite a enfin été mariée à son instrument scientifique unique au monde. L’ensemble doit maintenant prouver sa robustesse.
Dans les semaines à venir, FLEX va subir une batterie de tests impitoyables : simulations des violentes vibrations du décollage à bord de la fusée Vega-C, et surtout, le redoutable passage en chambre à vide thermique. L’objectif ? Vérifier que ce traqueur de lumière survivra aux écarts de température extrêmes de l’orbite basse, tout en conservant une précision de mesure nanométrique.
Voir la Terre respirer : une première mondiale
Pourquoi tant de précautions ? Parce que la mission de FLEX est inédite. Jusqu’à présent, les satellites d’observation (comme les Sentinel) se contentaient d’observer la couleur de la végétation. Ils pouvaient nous dire si une forêt était verte ou brune, dense ou clairsemée. Mais FLEX va beaucoup plus loin : il va nous dire si elle fonctionne.
Le principe repose sur la fluorescence. Lorsqu’une plante réalise la photosynthèse — absorbant le CO2 et la lumière du soleil pour relâcher de l’oxygène — elle émet une très faible lueur rouge, invisible à l’œil nu. Cette lueur est le signal direct de la santé de la plante.
« C’est un changement de paradigme », expliquent les scientifiques de l’ESA. « Avant, nous voyions la végétation ; avec FLEX, nous allons voir la photosynthèse en action. Nous pourrons détecter le stress hydrique d’une culture agricole bien avant que les feuilles ne commencent à jaunir à l’œil nu. »
FLORIS : L’instrument de l’extrême
Pour capter cette infime lueur rouge (noyée dans la lumière éblouissante du soleil réfléchi par la Terre), TAS a dû intégrer un instrument d’une sensibilité hors normes : le spectromètre imageur FLORIS.
Construit par Leonardo en Italie et intégré à Cannes, FLORIS décomposera la lumière avec une finesse spectrale jamais atteinte pour ce type de mission. C’est lui qui fournira les données brutes permettant de quantifier le stockage du carbone par la végétation mondiale.
Un tandem en orbite pour 2026
Une fois les tests validés à Cannes, FLEX prendra la direction de Kourou pour un lancement prévu à l’horizon 2026. Une fois en orbite à 815 km d’altitude, il ne volera pas seul. Il effectuera une danse synchronisée avec le satellite Sentinel-3.
Pourquoi ce duo ? Pendant que Sentinel-3 fournira le contexte (température du sol, couverture nuageuse), FLEX se concentrera sur la fluorescence. La combinaison des deux flux de données offrira aux scientifiques la carte la plus précise jamais réalisée de la santé végétale terrestre, un atout stratégique pour l’agriculture de précision et la compréhension des cycles du carbone face au changement climatique.
En attendant le décollage, c’est dans le silence feutré des salles blanches cannoises que se joue la réussite de cette mission vitale.


