Un pas de géant vers la réutilisation made in Europe L’Agence Spatiale Européenne (ESA) et le groupe italien Avio ont officiellement franchi une étape majeure dans la course à la réutilisation des lanceurs. Lors du Congrès Astronautique International (IAC) à Sydney, les deux partenaires ont signé, ce 29 septembre 2025, un contrat de 40 millions d’euros (47 millions de dollars) pour développer la conception initiale d’un étage supérieur réutilisable. Ce projet de deux ans marque une avancée stratégique pour l’Europe, qui cherche à réduire ses coûts de lancement et à rivaliser avec les géants américains et chinois du spatial.
L’objectif ? Créer un étage capable de revenir sur Terre après avoir placé sa charge utile en orbite, puis d’être réutilisé pour de futures missions. Une technologie jusqu’ici maîtrisée uniquement par SpaceX, mais qui pourrait bientôt devenir une signature européenne.
Vega en première ligne, mais pas seulement Le contrat, annoncé par Giorgio Tumino, conseiller technique principal pour le transport spatial à l’ESA, couvrira deux axes majeurs :
- La propulsion innovante : Développer des moteurs adaptés aux allers-retours entre l’espace et la Terre.
- Les systèmes de rentrée atmosphérique : Concevoir des boucliers thermiques et des mécanismes de contrôle pour un retour en sécurité.
Pour Marino Fragnito, directeur commercial d’Avio, cette initiative répond à un double enjeu :
« Nous préparons l’avenir de la réutilisation à long terme, tout en intégrant dès maintenant des technologies utiles pour la famille Vega. »
Concrètement, certaines innovations pourraient équiper Vega E, la prochaine génération du lanceur léger européen. Ce dernier abandonnera les troisième et quatrième étages actuels du Vega C au profit d’un étage supérieur cryogénique, plus performant et potentiellement réutilisable.
| Version | Statut | Étage supérieur | Réutilisable ? |
|---|---|---|---|
| Vega C | Opérationnel | Zefiro-9 / AVUM+ | Non |
| Vega E | En développement | Cryogénique | Partiellement* |
| Futur | À l’étude | Étage réutilisable | Oui |
Une technologie ouverte à toute l’Europe Si Avio et l’ESA restent discrets sur les détails techniques et le calendrier précis, Giorgio Tumino souligne la flexibilité du projet :
« Nous explorons toutes les options. Cet étage pourrait servir Vega, mais aussi d’autres lanceurs européens, y compris ceux issus du European Launcher Challenge. »
Cette compétition, lancée pour stimuler l’innovation chez les startups spatiales européennes, pourrait ainsi bénéficier de cette avancée. De nombreux concepts en lice prévoient déjà des étages inférieurs réutilisables — une synergie parfaite avec le projet d’Avio.
Susie, l’autre piste européenne L’initiative d’Avio n’est pas isolée. ArianeGroup avait dévoilé en 2022, lors de l’IAC à Paris, son propre concept d’étage réutilisable : Susie (Smart Upper Stage for Innovative Exploration). Destiné à remplacer l’étage supérieur de l’Ariane 64, Susie est conçu pour :
- Revenir sur Terre après une mission.
- Transporter du fret ou des équipages en orbite basse.
En novembre 2023, ArianeGroup annonçait le début des tests sur un démonstrateur réduit. Depuis, le silence radio persiste, laissant planer des questions sur l’avancement réel du projet. Une chose est sûre : la compétition fait rage entre les acteurs européens pour dominer ce marché prometteur.
Pourquoi c’est une révolution ?
- Réduction des coûts : Réutiliser un étage supérieur pourrait diviser par deux ou trois le prix des lancements.
- Autonomie stratégique : L’Europe réduirait sa dépendance aux lanceurs étrangers, dans un contexte géopolitique tendu.
- Innovation technologique : Maîtriser la rentrée atmosphérique et la réutilisation ouvrirait la voie à des missions plus ambitieuses (cargo spatial, tourisme orbital, etc.).
Et après ? Le contrat signé ce 29 septembre ne couvre que la phase de conception. Mais son aboutissement pourrait redessiner le paysage spatial européen d’ici 2030, avec :
- Des lanceurs Vega plus compétitifs.
- Une nouvelle génération de fusées européennes, partiellement ou totalement réutilisables.
- Une position renforcée face à SpaceX, Blue Origin et aux startups chinoises.
Reste une question : l’Europe parviendra-t-elle à passer de la théorie à la pratique avant la fin de la décennie ? Une chose est certaine : la course est lancée.


